Zwazo, la musique et la danse comme chemin de vie.

Par Marion Mucciante

Entretien avec Aude Taligrot, cofondatrice de l’association Zwazo.

Manager de Sahad and The Nataal Patchwork, groupe très présent sur la scène musicale sénégalaise et internationale. Aude développe des projets d’artistes au travers d’une démarche multiforme, où elle mêle les pratiques et les courants. Constamment en voyage à la rencontre de nouveau workshops culturels et artistiques, montant des partenariat avec des structures et des projets sénégalais et européens qui pensent, elle a décidé de faire du monde son chez-soi. Un mot la guide : la liberté. 

Tu as fondé l’association Zwazo, pour pouvoir rassembler tous tes projets. Vers quels horizons t’emmènent-ils ?
De manière générale, ils m’emmènent vers la structuration de carrières d’artistes, la diffusion de créations. L’essence profonde de mon travail est de rendre à nouveau visible ce qui a été rendu invisible. Remettre toute forme de culture artistique au cœur de l’humanité.

Parle-nous un peu plus de ton association. Quand l’as-tu créée ?
J’étais très investie dans de nombreux projets et en 2016 j’ai vraiment beaucoup voyagé et vécu de nombreuses expériences sur plusieurs projets. J’avais fait le choix de consacrer mon année à cette effervescence. J’accompagnais des porteurs de projets depuis plusieurs années, mais de manière complètement informelle. Je voyais autour de moi les gens se lancer dans la création de leur structure et je me suis dit, pourquoi pas moi ! C’était en novembre 2016. Le 1er janvier 2017, Zwazo voyait le jour.

On est quatre fondateurs. Aurélia travaille dans le spectacle vivant en communication, diffusion et production. Julie est coach de profession, travaille dans une école de commerce à l’accompagnement des étudiants dans leurs projets et relation avec les entreprises, Pablo est graphiste. On est colocataires, frères et soeurs, amis. Cette association, c’est une histoire de famille. 

Sur combien de projets travailles-tu en ce moment ?
Difficile de vraiment dire combien, car certains projets sont plus ponctuels que d’autres. On va dire que Zwazo accompagne quatre de mes projets majeurs. Certains ont des ramifications entre eux, plusieurs horizons peuvent se dessiner autour du même artiste.

On prépare de deuxième album de Sahad et sa tournée d’été qui aura lieu principalement en Allemagne.

J’accompagne Ndar Dance, école de danse à Saint-Louis, sur leurs projets de festival et de mise en place de formation en danse. On travaille également avec les danseurs fondateurs sur le développement de leur carrière, pour des créations de spectacle ou pour monter leur compagnie. Je travaille principalement avec Roger Sarr qui est le président fondateur de Ndar Dance, interprète de la Compagnie Diagn’Art et chorégraphe de ses propres créations.

Aurélia et moi avons initié un partenariat pérenne entre Sencirk — un jeune cirque en plein essor— et une association française, le CCAI (Collectif Clowns d’Ailleurs et d’Ici). Depuis plus d’un an le CCAI accompagne Sencirk dans le développement de sa structure, notamment en y envoyant une volontaire (VSI) pour un an afin de travailler sur les lieux.

C’est avec Modou, fondateur de Sencirk, que je travaille, sur le développement de sa carrière en tant que circassien.

Je fais aussi partie du AUEUYouthHUB, un groupe de réflexion de jeunes africains et européens, portés par l’union africaine et l’union européenne pour mettre en place des projets pilotes. Je suis dans le groupe thématique : Culture, Arts et Sport.

À coté de ça, à titre personnel, je suis impliquée au sein du conseil d’administration de l’association Africultures depuis bientôt 6 ans.

Tu danses également, passion que tu explores assidûment et sans modération. Tu es en formation danse et improvisation à Lille, tu participes régulièrement à des workshops et stages, encore une fois là où le vent les mène. Quelle place ou quel lien fais-tu entre la danse et ta recherche artistique de création et de développement de projets ?
Tout est lié pour moi, d’abord parce que mes choix sont guidés par ma sensibilité, ensuite car je pense être multiple et je suis nourrie par la multi-activité. Je m’ennuie quand je fais toujours la même chose (rires). Je pense que mes projets rassemblent une vision du monde et de la vie que je veux diffuser, au travers des engagements que je porte.

Quand on s’est rencontrées, tu m’as dit que lorsqu’on n’avait pas d’attache fixe, on avait la faculté de reconstruire plus rapidement le sentiment d’être chez soi.
Oui, en tout cas pour moi, j’ai l’impression que chaque endroit ou je m’arrête je suis un peu chez moi et ça me plaît beaucoup de m’approprier des territoires, quartiers, même pour quelques jours.

Tu es manager du groupe de musique sénégalais Sahad and The Nataal Patchwork. Comment se passe le travail à distance ? Tu te rends souvent sur place ? Comment travaillez-vous au quotidien ?
Le travail a distance n’est pas toujours facile d’autant plus que lui et moi sommes investis dans de nombreux projets, donc chacun très occupés. Au quotidien on travaille via les réseaux sociaux qui nous permettent d’échanger de manière instantanée, sinon je ne sais pas comment on ferait ! Je me rend régulièrement au Sénégal même si j’aimerai m’y rendre encore plus.

Qu’est ce que tu penses de la diffusion de la scène artistique et culturelle sénégalaise en Europe aujourd’hui ?
Sacrée question ! je pense que c’est un sujet sur lequel on pourrait discuter des heures… La scène artistique et culturelle sénégalaise est fleurissante et très active. Elle est méconnue en Europe. Quelles sont les manières de la faire connaitre ? Soit a travers les diasporas, soit parce que les artistes sénégalais se sont entourés, et/ou formés eux même, de professionnels de la diffusion. Ce qui nécessite qu’un projet “marche”. Parfois ça passe par un folklore qui peut plaire et faire vendre.

Il y a des artistes diffusés en Europe, parfois pour une image qu’elle veut diffuser. Certains artistes du Sénégal explorent une musique nouvelle et font tomber les murs des conventions.

On touche spécifiquement à mon combat : faire connaitre des artistes sénégalais pour changer les mentalités sur la scène du pays, construire d’autres relations entre les différentes scènes musicales et plus largement entre les êtres humains.

Un mot pour demain ?
Ci kaw ci kanam, en haut en avant en Wolof. On le prononce “tchi kaou tchi kanam”.

Pour plus d’informations sur les projets de la structure :

Zwazo

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