L’École des Sables, quand le centre et le bout du monde sont au même endroit.

Par Marion Mucciante

 

Toubab Dialao, ou Toubab Dialaw, petit village de pêcheurs, à une heure au sud de Dakar. Ville connue pour sa création artistique et ses artisans. La douceur de l’air saisit à l’unisson avec sa poussière dès qu’on arrive sur les lieux. Les blocs de béton s’enchaînent, jamais plus haut que deux étages. Parfois peints, souvent bruts. Le village respire la tranquillité malgré les constructions inachevées qui sortent de terre dans toutes les rues. Aujourd’hui de plus en plus touristique, la ville regorge de trésors à qui veut bien y prêter l’attention.

Depuis la côte, on s’enfonce dans les chemins en pentes. Les points de repère s’effacent à mesure qu’on s’éloigne de l’océan, qui disparaît rapidement derrière les parpaings. Une route paraît la principale sans vraiment qu’on s’y repère. On finit par demander trois fois son chemin, en regardant maps de l’autre œil, pour être sûrs d’arriver à bon port. Au dernier virage à gauche, on commence à doucement perdre espoir. Les maisons se desserrent et laissent place à la brousse. Le demi-tour s’envisage lorsqu’on tourne la tête à droite et on découvre une allée de palmier, avec au bout une enseigne : École des Sables, Bienvenue — Welcome.

 

Fondée en 1998, celle qu’on appelle la mère de la danse contemporaine africaine, Germaine Acogny, en est la créatrice, accompagnée de Helmut Vogt son cofondateur, et de Patrick Acogny, son directeur artistique. Elle est aujourd’hui le berceau de cette danse singulière, à la croisée de la danse traditionnelle et d’un contemporain insigne et éminent. Menacée de fermeture par manque de financement, son souffle continue pourtant d’attirer les danseurs du monde entier à la même mesure, qui vont comme en pèlerinage suivre des formations — courtes ou longues — sous la direction pédagogique exigeante de son équipe et de ses intervenants. 

L’endroit paraît désert. Sensation accentuée par le sable qui se lève. C’est un dimanche. La bâtisse invite pourtant à la visite. Le studio principal est composé de quelques gradins, d’un sol lisse, de trois murs et d’un panorama majestueux sur l’horizon. Plus loin, un autre studio ouvert, suivi des cases pour loger les résidents, des espaces communs à ciel ouvert ou à l’architecture étrange. Un groupe est assis aux tables de la cour. Ils échangent sur leur prochain exercice. Une équipe de quatre personnes, chargée de matériel, arrive tout juste pour le tournage d’un documentaire (EVI&Vous) sur les enfants et la danse à travers le monde. Au loin, les deux fondateurs de l’école apprécient un café dans le jour calme.

On découvre que toute l’école est posée sur de la roche volcanique. Elle paraît à la fois au centre et au bout du monde. On sent le feu des pierres, dès la première heure sur place, et à travers lui tous les danseurs qui sont venus faire trembler le sol et qui forment l’histoire de cette institution, dont la réputation est internationale.

 

Liens :

Le site de l’école

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Article Le Monde