Panafrican Stories

Aujourd'hui, on rencontre Iden et Andréa, fondatrices de Panafrican Stories. Projet en plein essor qui souhaite rapprocher la jeunesse du continent africain et sa diaspora. Accompagnées de deux ambassadeurs sénégalais, Fatou et Badara, ainsi que d’une communauté grandissante et ouverte sur le monde, Panafrican Stories parle généreusement d’histoires, de parcours de vie, pour finalement nous raconter les leurs.

Vous avez monté l’association toutes les deux ?

Andréa : On a monté le projet toutes les deux, et ensuite la communauté est venue s’ajouter ainsi que les personnes avec qui nous travaillons : l’équipe de Panafrican Stories.

Iden : Mais c’est pas une association, en tout cas on n’a pas l’ambition d’en faire une association.

Vous avez quelle ambition alors ?

Andrée : Ahhh (rires) on a plus l’ambition d’en faire une entreprise.

Comment vous allez travailler avec l’histoire des gens ?

Iden : Ça va être simple, une partie a pour objectif d'étendre la communauté Panafrican Stories, et une partie est plus dédiée à du coaching et du développement de projets. Accompagner un projet de bout en bout pour supporter au mieux les objectifs qu’il intègre, suivi de toute une équipe.

Ces services sont proposés à des gens qui racontent leur histoire. Alors dans quel cadre ont-ils besoin de ce soutien ?

Iden : On essaye d’abord de créer une communauté, avec des centres d’intérêt commun, pour que chaque histoire et chaque parcours puisse être valorisé et gagne en visibilité. Bénéficier d’un rayonnement auprès de notre communauté, mais aussi via nos partenaires. Par exemple, des story tellers qui souhaitent développer des projets d'abord essentiellement vers le continent africain, qui essayeraient de développer leur activité dont toute une partie serait réservée à la diaspora. C’est compliqué de s’adresser aux deux communautés, puisqu’on n’est pas dans le même espace géographique, ces projets pourraient s'appuyer sur Panafrican Stories, pour les aider à la fois à communiquer sur leur initiative et en même temps à développer une plateforme qui serait accessible entre les deux continents africain et européen.

L’objectif est de mélanger les profils humains et les profils de carrière donc ?

Andréa : On se rend compte qu’il y a beaucoup de projets qui sont destinés à une communauté, et souvent quand un produit s’adresse à un certain public, il faut qu’on puisse connaître l’histoire qu’il y a derrière une démarche.

J’ai l’impression que c’est un phénomène assez générationnel. Aujourd’hui on aime raconter sa vie pour s’attacher à des produits.

Andréa : C’est pas vraiment raconter sa vie, mais c’est plutôt toucher les bonnes personnes. Viser le bon public. C’est important selon moi qu’on connaisse pourquoi une personne a choisi une direction en particulier pour son projet, parce qu’elle est forcément influencée par son parcours et donc son histoire.

Iden : Il y a vraiment une notion de valeurs liées à Panafrican Stories qui est essentielle pour nous. Beaucoup de gens sont venus nous voir avec des projets sans histoire, qu’on n’a donc pas retenus.

Quel a été l’élément déclencheur de Panafrican Stories ?

Iden : Tu veux la version officielle ou officieuse ?

Officieuse, bien sûr.

Iden : Mes parents viennent de Côte d'Ivoire. Je suis née et j’ai grandi en banlieue parisienne dans un cadre plutôt calme et privilégié. Je suis allée en écoles privées jusqu’à mon bac et j’ai toujours été entourée de français. Je me suis jamais vraiment posé la question de ma couleur jusqu’à ma dernière relation avec un homme qui faisait partie d'une communauté différente de la mienne. J'ai été avertie plusieurs fois par mon entourage que la pression sociale et culturelle pouvait être une impasse à notre relation. Je comprenais pas vraiment puisque nous étions tous les deux noirs (rires) même si nous avions des cultures et des religions différentes. Je me suis dit qu’on pouvait très bien construire une histoire avec nos différences et nos points communs. Il s’est avéré qu’au bout de quelques années, notre histoire s’est effectivement arrêtée pour toutes ces questions sur lesquelles on m’avait mis en garde au début. La pression sociale de son côté était trop forte pour que je puisse suivre. Je me suis rendu compte que je ne connaissais pas mon continent d’origine et même si mes parents sont ivoiriens, j’étais loin de cette double identité qui faisait partie de moi. C’est à partir de ce moment que j’ai décidé de voyager en Afrique. Dans un tout premier temps, je suis partie au Ghana, et c’est là où j’ai rencontré Andréa.

Pourquoi le Ghana ?

Iden : Je suis partie via une association, Hibaya, dont la présidente est une amie. J’ai vu des posts sur mon profil Facebook, et ça correspondait à ce que j’avais envie de découvrir à ce moment-là, alors j’y suis allée. En partant là-bas j'ai découvert que le Ghana était le pays même du Panafricanisme dont Kwame Nkrumah est le père. Tout est parti d’une histoire d’amour, qui m’a fait prendre conscience qu’il fallait que je me rapproche de ma vie.

Andréa : Le Ghana a été l’élément commun de nos deux histoires, d’ailleurs on était à côté dans l’avion !

Et toi Andréa, ton histoire alors qu’est-ce qui t’a amenée au Panafricanisme ?

Andréa : Je pense pas pour ma part remonter jusqu’à l’enfance (rires). J’ai grandi dans un lycée à Saint-Ouen en Seine Saint Denis, en ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire). Mon père m’a toujours poussée à l’excellence dans tout ce que j’entreprenais. Avant mon déclic, j’ai toujours été consciente de ma culture congolaise parce que notre vie familiale était rythmée par les fêtes, la musique… j’ai vécu la diaspora de manière plus intense. Je savais que j’étais congolaise, mais seulement par ces moments de fête et de rassemblement familial. Toute une partie me manquait dans la connaissance de la culture congolaise. J’étais la congolaise en France, et la française au Congo. Quand je suis rentrée en école de commerce, j’ai eu un cours de géopolitique qui m’a beaucoup marqué. C’était sur une région du Congo qui s’appelle le Kivu. Ça fait plus de vingt ans qu’un conflit armé lié à la convoitise du minerai coltan est présent sur le territoire, et s’est transformé en génocide pour les habitants. Génocide qui est toujours d’actualité. Mes parents étaient congolais, je ne me rendais compte tout à coup que je n’étais même pas au courant d’un phénomène d’une telle ampleur dans mon propre pays d’origine. J’ai eu un choc. Ça a été le déclencheur de toute ma quête identitaire, congolaise au début, puis Panafricaine. Comme Iden, j’ai décidé de repartir sur les traces de mon identité. J’ai commencé à faire des recherches sur ce qui se passait. Je n’étais jamais partie au Congo, il manquait tout ce côté historique, tout ce que je n’avais pas vu, là où je n’étais jamais allée. Avec internet, la diaspora commençait vraiment à avoir une voix sur les réseaux sociaux. Je me suis retrouvée en fin de stage d’études. Le voyage au Ghana était justement ce qu’il me fallait. Je suis passée par le même réseau social, le même groupe et la même association qu’Iden. Tout correspondait, les dates, le contexte, alors je suis partie.

Iden : Le chemin professionnel aussi est décisif dans ce cheminement. J’ai compris qu’on n’était pas formés de la même manière, l’éducation diffère. On n’est pas représentés de la même façon au sein des institutions. Quand je parle d’éducation, j’intègre la notion familiale et scolaire, je parle de patrimoine culturel. Ça influe dans nos choix de vie. J’ai dû me former par moi-même, en regardant les autres. J’ai pu faire ça jusqu’à la phase du bac, mais ensuite j’ai eu besoin de soutien, de conseils des aînés qui sont capables de t’orienter sur les bonnes écoles et les bons parcours.

Vos parcours sont très différents, mais finalement vous avez toutes les deux une manière très créative d’approcher vos choix de vie. Est-ce que la figure du mentor est une question importante pour vous ?

Andréa : Ça faisait 7 ans que l’association avec laquelle nous sommes parties au Ghana organisait des voyages intracontinentaux, et pour la première fois, le voyage était ouvert à la jeunesse de la diaspora. On avait des intervenants inspirants, Felwine Sarr en faisait partie. Par les intervenants, puis par les histoires de ceux qui voyageaient avec nous, on a énormément appris et partagé. La matinée était consacrée à des conférences, et l’après-midi on était entre nous et on partageait, on visitait la ville. Les conditions n'étaient pas toujours faciles, mais c’était tellement intense et riche que ça n’avait aucune importance.

Iden : On a vu une évolution entre le début et la fin du séjour. Tous nos clichés ont été bouleversés. C’était très dur parce qu’en France on te ramène toujours à tes origines et que tu n’es pas non plus accepté par les habitants de ton pays d’origine. À la fin du voyage, on formait une équipe, même si on n’était pas localisés au même endroit. Entre les habitants du continent, leur connaissance du terrain, et nous, de par les études qu'on avait fait de l’histoire du continent, poussés par le désir d’en comprendre plus, on pouvait faire des choses extraordinaires ensemble. À la fin du voyage, on a fait une fête pour célébrer le séjour. On sait que la musique fédère, elle rassemble. On s’est reconnues par la danse. Comme quand on est arrivés et qu’on se mettait du produit antimoustique, un des participants nous a confié qu'il nous avait trouvés snobs. Il ne comprenait pas que, bien qu’on ait la même couleur de peau, en ayant grandi en France, on n’était pas habitués aux piqûres de moustique. Ça paraît complètement anodin ou anecdotique, mais le vrai langage des choses passe aussi par là. Il n’y a rien de plus intime que les gestes du quotidien. Une identité se forme aussi par là, et donc l’écroulement des préjugés et l’accès à l’autre. 

Vous êtes reparties sur vos terres d’origine alors ?

Andréa : Justement c’est mon objectif premier, j’ai prévu un voyage de trois semaines, de visiter une ville et une partie de ma famille par semaine. J’ai hâte, mais je sais que ça va changer beaucoup de choses, que ça va remuer énormément. Je vais revenir changée, comme un voyage initiatique, une renaissance… si je reviens ! (rires) Beaucoup de gens ne connaissent pas le nom de leurs parents, de leurs grands-parents, alors que c’est tellement important. C’est ça le Panafricanisme, c’est : quelle est mon histoire, et à travers la mienne, quelle est notre histoire commune, et si je ne m’efforce pas de la connaître, elle va disparaître.

Vous n’avez pas l’impression que c’est notre génération qui se charge de cette transmission de culture ?

Andréa : Complètement. Beaucoup de parents sont arrivés en voulant effacer une partie de la culture. Ce n’était pas forcément voulu, c’est moins un choix qu’une erreur à mon avis. Je ne saurai jamais ce qu’ils ont vécu et donc j’aurai toujours du mal à expliquer et comprendre pourquoi ce changement de continent s’est traduit sous cette forme.

Iden : C’est dur de pouvoir s’intégrer à une société si différente. Ça peut passer par la langue, ne plus retourner au pays aussi… ce sont tous ces manques qui créent ce fossé qu’on porte. Tout ce qu’on ne connaît pas.

Est-ce qu’on peut dire que c’est le point commun du Panafricanisme ?

Iden : Oui, le point commun du Panafricanisme c’est de continuer à transmettre un savoir, une histoire, un passé, pour pouvoir construire un bel avenir. C’est toute notre démarche au sein de Panafrican Stories. Ce qu’on aime, c’est pouvoir donner la parole à des experts, sociologues, historiens, artistes, qui ont un discours construit et élaboré, ce qui va permettre d’inspirer les jeunes qui cherchent des réponses. Mais on tient aussi à faire parler des gens qui appréhendent toutes ces notions au quotidien, pour que chacun puisse s’identifier et être porté sur son propre chemin.

Qu’est ce que vous pensez de la vision du Panafricanisme en France aujourd’hui ?

Andréa : La vision du Panafricanisme en France est faussée parce qu’on ne sait pas encore bien ce que c’est. C’est complètement ouvert, alors qu’on a tendance à nous renvoyer l’image d’un mouvement ethnocentré, on l’a beaucoup entendu.

Iden : Il est important de rappeler que c’est un des mouvements les plus ouverts qui existe au monde et c’est justement son objectif premier que de créer des liens entre toutes les identités, même pour les non-africains qui chercheraient à comprendre, qui veulent se plonger dans cette histoire et qui ont simplement cette curiosité.

Qu’est ce que vous pensez de la nuance entre le mot identité et communauté ?

Andréa : Je pense que pour s’accomplir pleinement, on ne peut renier aucune facette de ce que l’on est. Je m’assume bien plus comme jeune française et congolaise maintenant, parce que je suis les deux, c’est que qui rend mon identité française encore plus belle. Quand la société réussira à construire un réel dialogue sur toutes ces questions-là, qu’on arrivera à en parler et à comprendre, on fera avancer les questions d’identité.

Dans cette célébration des cultures, le sujet de l’appropriation culturelle se retrouve souvent au cœur de l’attention, vous pouvez nous en parler ?

Iden : L’autre jour, on regardait un article d’une belge qui portait une veste en wax. C’est parti en dénonciation d’appropriation culturelle. Je trouve ça, encore une fois, un peu hypocrite dans le sens où on vit une époque de mixité, avec beaucoup de déplacements dans le monde, qui font qu’on est plus à même de s’intéresser à une culture qui est différente de la nôtre. Il faut bien regarder la définition d'appropriation culturelle, parce qu'on voit qu'aujourd'hui chacun l'interprète différemment sans vraiment en saisir le sens. On le voit régulièrement avec des femmes noires qui essayent de se blanchir la peau, qui se lissent les cheveux, alors qu’on sait que c’est impossible qu’une femme noire ait les cheveux lisses comme une asiatique jusqu’aux fesses. On a le même phénomène avec des femmes blanches qui se grossissent les fesses et les seins et qui se font des tresses, mais c’est normal, l’information circule tellement vite que tu peux avoir accès à tous ces mélanges et pour moi c’est de l’intérêt, plus que de l’appropriation.

Andréa : J’ai la même opinion et je suis heureuse de cette ouverture sur des éléments d’autres cultures parce que c’est le monde qui est comme ça. Je mets cependant une limite, celle qui va me déranger, c’est juste la notion de crédit. L’appropriation culturelle va intervenir à ce moment-là. Si une grande marque commercialise les boucles d’oreilles que je porte, dont tu me parlais tout à l’heure, et qu’elle écrit “Boucles d’oreilles torsadées”, là ça va me déranger. Alors que si la même grande marque, lors de la commercialisation de ces mêmes boucles d’oreilles, assigne le label “Boucles d’oreilles Fulani”, là on est dans le partage de cultures.

Un mot pour demain ?

Andréa : UBUNTU “je suis parce que nous sommes”. C’est un mot qui vient d’un concept humaniste sud-africain.

Iden : UMOJA, en swahili “unité”. C’est un mot qui me touche particulièrement parce que le swahili est une langue qui vient de Tanzanie et qui est devenue la langue majeure et principalement parlée de l’Afrique de l’est et centrale. Elle a été créée pour surpasser l’anglais, pour que chacun soit compris où qu’il aille.


Le Château, un îlot culturel en bord de mer.

Le Château, un îlot en bord de mer.

Par Marion Mucciante

Le Château est un des lieux culturels majeurs du Sénégal aujourd’hui. Situé au cœur du quartier des pêcheurs de Saint-Louis, il accueille des troupes de danseurs, festivals, leçons de danse, spectacles… entretien avec Faly Diaw et Adèle Guillouzouic, deux membres de son équipe singulière et passionnée.

Photo : Marion Mucciante
Photo : Marion Mucciante

Depuis quand Le Château est-il devenu un centre culturel ? Quels sont les principaux événements qui s’y déroulent aujourd’hui ? 

FALY : Avant tout, ce lieu était l’ancien palais du gouverneur de la Mauritanie qui se situe sur la Langue de Barbarie, plus précisément en plein coeur du quartier des pêcheurs (Santhiaba), d’où je viens. 

C’est un lieu dont Alioune Diagne, danseur et chorégraphe Saint-Louisien, venait pour faire ses répétitions avec sa compagnie de danse et des danseurs de la ville. Il est devenu Le Château après le festival Duo Solo Danse 2015. Nous l'avons pris en main pour en faire un lieu associatif, et développer des projets d’accueil de groupes et de voyageurs, soutien logistique et technique, résidences, accueil des habitants du quartier, diffusion des spectacles, espace de coworking. Les événements qui se déroulent sont dans les champs de la danse, théâtre, cinéma, musique, animations pour jeunes publics, ateliers.

Le projet de l’association se décline aujourd’hui en 3 volets principaux : une compagnie de danse contemporaine DIAGN’ART, un festival de danse DUO SOLO DANSE, un centre culturel LE CHÂTEAU.

ADÈLE : Collaborer avec beaucoup d’artistes, et les porteurs de projets locaux ainsi que les artistes en résidence chez nous, permet une programmation variée, non régulière, au gré des envies et des projets de chacun. 

Comment as-tu rencontré Le Château ? 

ADÈLE : J’ai travaillé pour l’association Diagn’art en tant que stagiaire il y a 8 ans, à l’occasion du festival Duo Solo Danse. Depuis, j’ai gardé un lien avec l’équipe. 

FALY : Comme je dis souvent, je suis un voisin avant tout, je venais tout le temps pour côtoyer Alioune Diagne, directeur de l’association Diagn’art et fondateur du festival Duo Solo Danse. J’ai travaillé comme bénévole pour le festival avant l’existence du Château, j’ai participé pour la biennale de Dakar à Saint-Louis comme gérant d’expositions et j’accompagnais aussi les artistes photographes étrangers dont Alioune me confiait les échanges à l’occasion de résidences. J’ai ensuite animé des cours du soir pour les enfants du quartier, bénévolement, car je m’étais attaché aux enfants et je tenais à ce qu’ils privilégient les études plutôt que de partir en mer. Question très présente puisque nous sommes dans le quartier des pêcheurs. 

Combien êtes-vous à faire vivre le château ? Quel y est ton rôle ?

ADÈLE : Nous sommes une équipe de 5 personnes, mais le lieu vit grâce à toutes les associations, partenaires et artistes locaux qui l'animent de leurs projets. Je suis coordinatrice du lieu. On peut dire que je le fréquente depuis 2018, mais je l’ai connu en 2011, lorsqu’il n’avait pas encore de bureaux pour l’équipe en son sein. 

FALY : Je suis le régisseur son, lumière et animateur culturel. Je fréquente le lieu quotidiennement depuis 2010, j’y suis très attaché. Je venais pour y regarder les activités et me tenir au courant de la programmation d’Alioune avant de petit à petit, donner des coups de main, puis donner des cours… je fais partie de l’équipe maintenant et j’en suis très fier. C’est la deuxième maison. 

Photo : Marion Mucciante
Photo : Marion Mucciante

Faly, tu voyages beaucoup pour des projets ou des formations. Tu as notamment participé à la dernière pièce de Philippe Quesnes sur les décors, mais tu fais également partie intégrante de la vie du Château. Est-il facile de jongler entre tous tes projets, tous les projets du lieu ? 

FALY : Nous accueillons beaucoup de professionnels et particuliers à l’international, en revanche, notre mobilité à nous est difficile. Nous tournons entre membres de l’équipe pour participer à diverses formations, forums… mais je ne laisserai jamais Le Château seul, même à distance. Côté formation, je pense que c’était important pour moi de voir d’autres projets - spectacles - réalisations pour pouvoir pouvoir mieux répondre aux demandes des artistes qui passent au Château. Plus chacun de nous participe à des formations et des projets, plus nous aurons tous les outils pour rendre les échanges aussi riches que possible sur notre lieu. 

Adèle, tu t’étais déjà passée par Saint-Louis dans ton parcours, au Château même, il me semble. À quelle occasion ? Qu’est-ce qui t’a poussée à revenir ? 

ADÈLE : Oui, j’étais déjà passée à Saint-Louis, dans cette même association à l’occasion d’un stage de 3 mois en communication, pour le festival Duo Solo Danse. Je suis également très attachée à ce projet que je trouve très humain. Je n’ai jamais coupé le lien avec cette structure, c’était pour moi naturel de revenir pour y travailler. 

Que penses-tu de la diffusion de la scène culturelle et artistique sénégalaise en Europe et particulièrement en France ? 

FALY : Les institutions françaises ont compris la nécessité d’accompagner les artistes sénégalais en leur donnant l’accès à des plateformes à partir desquels ils peuvent montrer leur talent et faire découvrir la richesse culturelle et la diversité des créations artistiques sénégalaises. C’est aussi une opportunité pour les artistes sénégalais d’enrichir et de s’enrichir auprès de leurs homologues français et européens, d’encourager et de pérenniser l’intérêt, au rendez-vous du donner et recevoir.

ADÈLE : Je trouve la scène culturelle sénégalaise présente en France, avec une variété conséquente de cours de danse Sabar, ainsi que dans le monde entier, avec la diffusion de la technique Acogny, en danse afrocontemporaine (voir l’article sur l’École des Sables).

Un mot pour demain ? 

NIOU DEM NIO FAR, Allons-y, on est ensemble en wolof. 

DIEUREUDIEUF, Merci.

Photo : Jonathan Chambers
Photo : Jonathan Chambers

Zwazo, la musique et la danse comme chemin de vie.

Zwazo, la musique et la danse comme chemin de vie.

Par Marion Mucciante

Entretien avec Aude Taligrot, cofondatrice de l’association Zwazo.

Manager de Sahad and The Nataal Patchwork, groupe très présent sur la scène musicale sénégalaise et internationale. Aude développe des projets d’artistes au travers d’une démarche multiforme, où elle mêle les pratiques et les courants. Constamment en voyage à la rencontre de nouveau workshops culturels et artistiques, montant des partenariat avec des structures et des projets sénégalais et européens qui pensent, elle a décidé de faire du monde son chez-soi. Un mot la guide : la liberté. 

Tu as fondé l’association Zwazo, pour pouvoir rassembler tous tes projets. Vers quels horizons t’emmènent-ils ?
De manière générale, ils m’emmènent vers la structuration de carrières d’artistes, la diffusion de créations. L’essence profonde de mon travail est de rendre à nouveau visible ce qui a été rendu invisible. Remettre toute forme de culture artistique au cœur de l’humanité.

Parle-nous un peu plus de ton association. Quand l’as-tu créée ?
J’étais très investie dans de nombreux projets et en 2016 j’ai vraiment beaucoup voyagé et vécu de nombreuses expériences sur plusieurs projets. J’avais fait le choix de consacrer mon année à cette effervescence. J’accompagnais des porteurs de projets depuis plusieurs années, mais de manière complètement informelle. Je voyais autour de moi les gens se lancer dans la création de leur structure et je me suis dit, pourquoi pas moi ! C’était en novembre 2016. Le 1er janvier 2017, Zwazo voyait le jour.

On est quatre fondateurs. Aurélia travaille dans le spectacle vivant en communication, diffusion et production. Julie est coach de profession, travaille dans une école de commerce à l’accompagnement des étudiants dans leurs projets et relation avec les entreprises, Pablo est graphiste. On est colocataires, frères et soeurs, amis. Cette association, c’est une histoire de famille. 

Sur combien de projets travailles-tu en ce moment ?
Difficile de vraiment dire combien, car certains projets sont plus ponctuels que d’autres. On va dire que Zwazo accompagne quatre de mes projets majeurs. Certains ont des ramifications entre eux, plusieurs horizons peuvent se dessiner autour du même artiste.

On prépare de deuxième album de Sahad et sa tournée d’été qui aura lieu principalement en Allemagne.

J’accompagne Ndar Dance, école de danse à Saint-Louis, sur leurs projets de festival et de mise en place de formation en danse. On travaille également avec les danseurs fondateurs sur le développement de leur carrière, pour des créations de spectacle ou pour monter leur compagnie. Je travaille principalement avec Roger Sarr qui est le président fondateur de Ndar Dance, interprète de la Compagnie Diagn’Art et chorégraphe de ses propres créations.

Aurélia et moi avons initié un partenariat pérenne entre Sencirk — un jeune cirque en plein essor— et une association française, le CCAI (Collectif Clowns d’Ailleurs et d’Ici). Depuis plus d’un an le CCAI accompagne Sencirk dans le développement de sa structure, notamment en y envoyant une volontaire (VSI) pour un an afin de travailler sur les lieux.

C’est avec Modou, fondateur de Sencirk, que je travaille, sur le développement de sa carrière en tant que circassien.

Je fais aussi partie du AUEUYouthHUB, un groupe de réflexion de jeunes africains et européens, portés par l’union africaine et l’union européenne pour mettre en place des projets pilotes. Je suis dans le groupe thématique : Culture, Arts et Sport.

À coté de ça, à titre personnel, je suis impliquée au sein du conseil d’administration de l’association Africultures depuis bientôt 6 ans.

Tu danses également, passion que tu explores assidûment et sans modération. Tu es en formation danse et improvisation à Lille, tu participes régulièrement à des workshops et stages, encore une fois là où le vent les mène. Quelle place ou quel lien fais-tu entre la danse et ta recherche artistique de création et de développement de projets ?
Tout est lié pour moi, d’abord parce que mes choix sont guidés par ma sensibilité, ensuite car je pense être multiple et je suis nourrie par la multi-activité. Je m’ennuie quand je fais toujours la même chose (rires). Je pense que mes projets rassemblent une vision du monde et de la vie que je veux diffuser, au travers des engagements que je porte.

Quand on s’est rencontrées, tu m’as dit que lorsqu’on n’avait pas d’attache fixe, on avait la faculté de reconstruire plus rapidement le sentiment d’être chez soi.
Oui, en tout cas pour moi, j’ai l’impression que chaque endroit ou je m’arrête je suis un peu chez moi et ça me plaît beaucoup de m’approprier des territoires, quartiers, même pour quelques jours.

Tu es manager du groupe de musique sénégalais Sahad and The Nataal Patchwork. Comment se passe le travail à distance ? Tu te rends souvent sur place ? Comment travaillez-vous au quotidien ?
Le travail a distance n’est pas toujours facile d’autant plus que lui et moi sommes investis dans de nombreux projets, donc chacun très occupés. Au quotidien on travaille via les réseaux sociaux qui nous permettent d’échanger de manière instantanée, sinon je ne sais pas comment on ferait ! Je me rend régulièrement au Sénégal même si j’aimerai m’y rendre encore plus.

Qu’est ce que tu penses de la diffusion de la scène artistique et culturelle sénégalaise en Europe aujourd’hui ?
Sacrée question ! je pense que c’est un sujet sur lequel on pourrait discuter des heures… La scène artistique et culturelle sénégalaise est fleurissante et très active. Elle est méconnue en Europe. Quelles sont les manières de la faire connaitre ? Soit a travers les diasporas, soit parce que les artistes sénégalais se sont entourés, et/ou formés eux même, de professionnels de la diffusion. Ce qui nécessite qu’un projet “marche”. Parfois ça passe par un folklore qui peut plaire et faire vendre.

Il y a des artistes diffusés en Europe, parfois pour une image qu’elle veut diffuser. Certains artistes du Sénégal explorent une musique nouvelle et font tomber les murs des conventions.

On touche spécifiquement à mon combat : faire connaitre des artistes sénégalais pour changer les mentalités sur la scène du pays, construire d’autres relations entre les différentes scènes musicales et plus largement entre les êtres humains.

Un mot pour demain ?
Ci kaw ci kanam, en haut en avant en Wolof. On le prononce “tchi kaou tchi kanam”.

Pour plus d’informations sur les projets de la structure :

Zwazo

Sahad and The Nataal Patchwork Page Dernière vidéo Wall of China Article sur Wall of China

Festival Duo Solo